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Conatus

Les bourrelets de Sarkozy

27 Août 2007, 11:26am

Publié par Schneckenburger

Il est sans doute de bon ton de critiquer le bruit suscité par chacune des apparitions people de Sarkozy, et de dénoncer le silence qu’elles provoquent sur les vrais sujets. Ainsi les Hot Dog pris avec Bush semblent plus importants que le revirement de la politique étrangère de la France ; son jogging plus édifiant que la politique d’arrestation des sans-papiers ; le voyage sur un Yacht plus préoccupant que la politique sociale néo-libérale annoncée. Il reste nécessaire en effet de dénoncer la politique spectacle, parce qu’elle se substitue au réel.

Pourtant ne doit-on pas voir dans cette politique d’apparat une certaine vérité politique ? Sartre, dans L’être et le néant, se félicitait de ce que la pensée moderne en avait fini avec les qualités cachées pour se contenter du réel tel qu’il apparaît. Partons donc de l’idée que l’être est le paraître, dans la mesure où nous devons prendre au sérieux la manière de présenter la politique comme autant de gestes c’est-à-dire d’actes politiques.
Sous la dictature du Président Mao, de nombreux portraits tendaient à rajeunir le despote ; sous Staline, on gommait certains opposants sur les photographies pour les faire disparaître des mémoires autant que de la vie. Que sont devenus les bourrelets de Sarkozy ? On objectera que la France n’est pas une dictature, et que l’ordre n’est pas venu de l’Élysée. Pas plus sans doute que le Président Mao ait de lui même intimé l’ordre d’effacer des rides sur ses portraits :  l’autocensure est tout autant la marque d’un régime que la censure officielle.
Pourquoi les bourrelets de Sarkozy devaient-ils disparaître ? Le Président Sarkozy affirme vouloir réintroduire du volontarisme en politique. On distingue souvent le mouvement totalitaire par sa volonté de contrôler tous les aspects de la vie jusque dans leur intimité. Le corps qui se résorbe, le bourrelet rebelle nous rappelle que le réel ne se plie pas aux injonctions du pouvoir. Celui qui récemment provoquait en affirmant le primat du gène sur l’éducation, de la nature sur la culture, nous montre ici quel est le fond de sa pensée : celui qui échappe au contrôle doit être éliminé.

La raison en est peut-être plus prosaïque : Sarkozy est peut-être jaloux des abdominaux exhibés par Poutine. Pourquoi tant de focalisation sur les corps de nos hommes politiques ? Parce que la laïcisation du politique ne s’est pas encore totalement affranchie des représentations antérieures, et que le primat de l’exécutif est autant de restes de l’imaginaire médiéval où il était question du double corps du roi comme l’a si bien montré Kantorowicz dans son ouvrage éponyme. Alors la vie politique people possède le même sens, nos élus et nos dirigeants, comme dans l’Ancien Régime partage leur corps entre les servitudes de la vie politique et ses loisirs : ils vont de cour en cour, le practice de Golf remplaçant les chasses anciennes, le yacht se substituant aux courses hippiques. Ainsi ce n’est pas la médiatisation en tant que telle qui apparaît dangereuse : elle ne révèle que la monarchie encore dans l’esprit des politiques.

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