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Conatus

Western

7 Mars 2007, 16:46pm

Publié par Schneckenburger

(Les plus anciens savent de quoi il s'agit) Little Peak, 123 âmes, rue principale, au soleil de midi. Du saloon montent quelques notes d’un vieux piano mécanique, tandis que le clocher sonne ses douze coups. Dans cette ville à l’ouest du Pecos tout semble très calme. Trop, peut-être.  Un vieux chat noir lève à peine une paupière quand le cheval arrive, au pas, et qu’en descend un homme au long manteau. Il attache son cheval devant la porte du saloon, lui donne une caresse à l’encolure.La cloche sonne son dernier coup.  Il relève brièvement son stetson noir, couvert de poussière. D’un long mouvement circulaire, sa tête parcours l’ensemble de la rue : l’église, le barbier aux rideaux jaunis par le soleil, le general store et, en face, à côté du Sheriff, le bureau d’admission des concessions minières. Fermé, semble-t-il. Un nouveau coup d’œil, à l’Église et à son petit cimetière. Il a un léger hochement de tête, crache une fois par terre et monte les deux marches qui mènent à la porte à double battant d’où sort la musique. Il s’apprète à pousser la porte, quand son mouvement est stoppé par une voix qui lui dit : “Eh, étranger, cette ville n’est pas une ville où l’on s’arrète. Elle est malsaine pour les étrangers.” Il toise un moustachu assis sur le banc, une bouteille de bourbon entaméeà ses pieds. À l’ombre de l’auvent qui encadre l’entrée du saloon, ce dernier semble attendre le passant. L’homme au Stetson noir ne répond pas. Il fait un pas de plus. “Étranger ! Tu ne comprends pas ce que je te dis ? Ustedes no comprendo ? Tu connais peut-être mieux le son d’un colt ?” Avant que le moustachu n’ait eu le temps de faire un mouvement, il se retrouve avec un long canon pointé entre les deux yeux. L’homme au Stetson noir ouvrit alors la bouche pour la première fois : “Je connais très bien le langage du colt, ami, mais il y a une chose que tu ne sais pas, toi, et tu sais laquelle ?” Une goutte de sueur perle sur le front du moustachu, puis deux, trois.  Il ne fait aucun mouvement, si ce n’est celui provoqué par son haleitement. “Tu sais laquelle ?” répète l’homme au stetson. “Non” bafouille alors le moustachu. “Je vais te le dire, ami. Tu ne sais pas qui est étranger, ici.” Il range son colt, et, sans un mot de plus entre calmement dans le saloon. Il s’asseoit à une table, dans le coin opposé au piano, face au miroir. Le piano s’est arrêté de jouer, les quatre joueurs de pokers de la table centrale ont levé leurs yeux de leurs cartes. Le patron qui essuyait une verre stoppe son geste. Il jette un œil à la porte, puis à un autre moustachu accoudé au comptoir, qui paye sa bière, sort en disant : “tu ne demandes pas à l’étranger ce qu’il veut, Franck ?” “Si, si.” réponds le patron de bar : “Qu’est-ce que ce sera, étranger ?” “Un bourbon, un sept ans d’âge”. Les joueurs ont reposé leurs cartes sur la table et contemplent désormais l’étranger qui a conservé son Stetson. - “Je ne sais pas si j’en ai, il faut que j’aille voir.” - “De là où je viens, on m’a dit qu’il y a sept ans le vieux Nick faisait le meilleur bourbon du coin. Même qu’il avait plusieurs fois sauvé son scalp rien qu’en faisant respirer l’odeur aux indiens qui arrêtaient son chariot.” - “Tu… Tu as connu le vieux Nick, étranger ?” - “Peut-être, peut-être. Qui sait qui l’a connu, qui sait ce qu’il est devenu, qui sait ce qui lui est arrivé… Alors, il vient ce Bourbon ?” - “Tout de suite, étranger, tout de suite.” Le patron s’approche, pose le verre qu’il était en train d’essuyer, verse une rasade. il commence un demi tour, lorsque l’homme au stetson lui dit : “Laisse la bouteille, il se peut que j’aie à offrir un verre.” Il boit lentement son verre, et repose le verre avec un claquement sec, puis pose ses deux mains sur la table. À ce moment la porte s’ouvre, les deux moustachus entrent dans le bar, cherchent des yeux l’homme au Stetson et le trouvent. Ils tiennent chacun un fusil. Les joueurs de pokers se sont retournés. Un troisième homme entre, il porte un Stetson beige, une veste sombre, et sur la veste une étoile brillante. Il jette un regard à la table de jeu, puis lance : “Eh, franck, ton piano s’est arrêté ?”, puis vient à la table de l’étranger. - “Alors, l’étranger, on s’arrète dans ma ville ?” - “Dans ce pays, on est tous un peu étranger dans une ville, non ?” - “Peut-être, mais ici c’est toi l’étranger et c’est ma ville, et ce tant que je porterai cette étoile. Que vient tu faire ici, étranger, ce n’est plus une ville où l’on s’arrête. Il n’y a rien à y faire : l’hotel est fermé, la prison est pleine. Il n’y a que le cimetière qui ait encore quelques places, mais, tu vois, tu n’as pas l’air d’un étranger à aimer les cimetières.” - “Je venais juste boire un verre à la santé du vieux Nick.” Le patron, qui venait de servir une bière lacha le verre plein qui se déversa sur les bottes du moustache qui avait repris sa place au comptoir, mais faisait face à la table de l’étranger. Le shérif a un moment d’hésitation, juste un clignement de paupières, puis dit : “je peux boire un verre à sa santé avec toi, étranger ?” - “Bien sûr shérif. Je n’attendais que cela.” Le Shérif s’assied, et, sur un signe, le patron lui apporte un verre vide. L’étranger lui sert un verre, s’en verse un. Le Shérif lève son verre et dit : “Au vieux Nick !” - “Au vieux Nick, répond l’étranger.” Au moment où le Shérif boit sa première gorgée, l’étranger lâche son verre, et en un instant dégaine : d’un coup, le Shérif reçoit la balle en pleine poitrine. En tombant, il renverse la table, l’étranger est déjà à terre.  Deuxième coup, le moustachu du bar s’étend dans la bière sale et les crachats.  Le deuxième moustachu tire une fois, mais dans sa précipitation rate son coup et se retrouve avec une balle là où l’étranger lui avait posé le canon quelques minute plus tôt. “Il y a une autre chose que tu ne sais pas, l’ami, dit l’étranger, c’est que le son de mon colt, on ne l’entend qu’une fois.” Le Shérif agonise. Entre deux râles, il demande : “Mais, qui es-tu, étranger ?” - “Qui je suis n’a pas d’importance. Mais qui était le vieux Nick, ça, c’est important. Il n’était pas un étranger dans sa ville, avant qu’un rascal comme toi n’arrive, ne le tue et ne prenne sa mine.” - “Comment le savais-tu ?” - “Tout se sait, dans ce pays, surtout quand disparaît le meilleur producteur de Bourbon.” L’étranger pose une pièce sur le comptoir, s’avance vers la porte et dit : “L’hotel est désormais ouvert aux étrangers, faîtes en sorte que la prison se vide. Le cimetière, lui, est plein, maintenant.” Il sort, monte sur son cheval. Il relève une dernière fois son Stetson noir et traverse lentement la rue. L’église, toute de chaux blanche, semble l’éclairer, les rideaux du barbier lui semblent plus propres, maintenant. Au bout de la rue, un gamin l’apostrophe : “Dis, monsieur, c’est toi qui a tué le méchant Shérif ?” L’étranger s’arrète un instant. Il regarde la rue, le cimetière, la prison. -”Il n’y a pas de bon Shérif, petit, jamais. Il y a parfois de plus grands méchants que les Shérifs, mais ça n’est pas une raison. Dans ce pays, il y aura toujours des vieux Nick qui refuseront de servir des Shérifs et des méchants. C’est ça qui compte.” D’un coup de talon, l’étranger fait partir son cheval. Un nuage de poussière s’élève un court moment. Ouest, plein ouest.

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