Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /2006 22:22
La question "qu'est-ce que l'homme ?" et la philosophie.





Introduction générale au cours de philosophie


Il semble inutile de définir l'homme, car ceci constitue ce que l'on nomme à proprement parler une évidence, c'est-à-dire une connaissance qu'il n'est nul besoin de démontrer. Chacun semble à même de reconnaître un homme quand il le voit.

Pourtant quelques cas limites peuvent nous inciter à nuancer notre propos, et à montrer que la définition de l'humanité de l'homme, n'est pas si simple que cela.

En cherchant l'humanité de l'homme, nous cherchons à établir ce qui en constitue la notion spécifique1, c'est-à-dire ce qui permet de regrouper tous les individus au sein d'un même groupe, qui lui-même se distingue d'autres groupes, comme celui des poissons rouges, ou des algues.


L'enjeu moral
Dire ce qu'il y a de commun aux hommes semble aujourd'hui évident, mais cela n'a pas toujours été le cas ! L'histoire nous apprend en effet que cette définition a lourdement pesé dans les disputes philosophiques, en raison de ses implications morales.

En effet, donner une définition de l'homme nous autorise à traiter différemment, sans humanité, ce que nous désignons comme non-humain. En un sens nous dirons avec Spinoza (1632-1677) que « définir, c'est nier », car définir, c'est exclure d'un ensemble commun ce qui n'y appartient pas. Cette exclusion peut-être purement théorique : les neutrons ne sont pas des protons, quoique tous deux fassent partie du noyau. Mais cela n'est jamais sans considérations morales : les hommes ne sont pas des animaux comme les autres, ce pourquoi ils ne se mangent pas entre eux, alors qu'ils mangent les autres animaux. La définition de l'homme n'est donc pas neutre.

Une question historique
L'époque des "grandes découvertes", par exemple la connaissance du nouveau monde a conduit savants et théologiens à se poser la question de l'humanité des indiens. Parce que ces derniers semblaient avoir des comportements forts distincts, il s'agissait de se demander s'ils avaient une âme de la même nature que celle des européens. L'enjeu n'en était pas que théologique - Dieu a fait l'homme à son image - mais aussi économique et politique. Nos frères en humanité ne peuvent être réduits en esclavage, dominés, voire exterminés : cf. Bartolomé de Las Casas : brève relation de la destruction des indes. LA conférence de Valladolid, de 1550, a tenté de décider de l'humanité des Indiens, en opposant Las Casas à SEPULVEDA, et a conclu en 1556 à leur humanité, en leur reconnaissant une âme.

L'histoire plus récente montre aussi combien toute définition restrictive de l'homme peut conduire à la barbarie. Le génocide des juifs, tziganes, handicapés mentaux et homosexuels par les Nazis, s'appuyait sur une idéologie raciste, qui établissait une distinction entre les hommes et les sous-hommes. On pourrait évidemment parler du génocide des Tutsis au Rwanda.

Les récits des rescapés de ces deux génocides ont souvent tendance à revendiquer fortement leur appartenance à l'espèce humaine. Songez aux titres de Primo Lévi : si c'est un homme, de Robert Antelme, l'espèce humaine. Innocent Rwililiza, habitant de Nyamata : "pour moi, je le répète : ils coupaient et mutilaient pour enlever de l'humain aux Tutsis et les tuer plus facilement ainsi." L'uniformisation, l'anonymat conféré aux victimes permet de mieux en oublier la commune appartenance à l'espèce humaine.


L'enjeu bioéthique.
Cette question rejaillit aujourd'hui, de façon apparemment moins dramatique, à l'occasion de la question des manipulations génétiques. La congélation massive d'embryon à des fins de travail scientifique, comme l'est aussi celle de l'avortement, nous invitent à penser ce qui fait qu'un être est humain. Tout être conçu par des humains est-il humain ?Les clones, probables, sont-ils humains ? L'hypothèse de la fabrication d'êtres à mi chemin  entre l'humanité et l'animalité pour des taches dangereuses se fait parfois entendre.

Voyez comme la littérature s'est fait l'écho de ces questions, il y a déjà longtemps. Vercors, écrivant des animaux dénaturés, nous compte l'histoire des thropis, sorte d'être à mi chemin de l'homme et du singe, réduits à l 'esclavage par une entreprise. L'un des héros du livre tentera d'en montrer l'humanité malgré l'apparence. La planète des Singes, dans ses différentes versions, repose la question : si les singes pouvaient parler, développer des prouesses techniques, seraient-ils encore des singes ? Et The Island, dernier en date, pose la question des clones, copies identiques, sont-ils encore des hommes ou un agglomérat de tissus vivants ?

La question des critères : l'enjeu théorique


Sans être moralement aussi présente, la question se pose aux paléontologues. Il s'agit devant des restes, et leurs traces, de se demander s'ils sont en présence de groupes humains, ou de groupes intermédiaires.

La conférence de Valladolid se posait la question de l'âme, les grecs appelaient barbares ceux dont ils ne comprenaient pas le langage.

Comment alors spécifier le genre humain ? Il s'agit de voir ce qui dans l'homme lui appartient en propre. En conséquence ce qui nous distingue des animaux.

Le questionnement philosophique fait le propre de l'homme.


On pourrait remarquer, sans entrer dans une explication purement biologique, que l'être humain est peut-être le seul à se poser ce genre de questions : "qu'est-ce que".

Dès lors que nous nous interrogeons sur quelque chose, nous sommes dans l'inquiétude philosophique. L'espèce humaine possède le trait particulier d'être ce que Schopenhauer (1788-1860) appelle un "animal métaphysique."


Ainsi se poser la question qu'est-ce que l'homme, c'est déjà philosopher, car le philosopher est sans doute le propre de l'homme.

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Dimanche 17 septembre 2006 7 17 /09 /2006 18:33
On apprendra dans cette comédie douce amer que l'on peut être le spécialiste américain de Proust et pourtant courir assez vite pour monter en marche dans un vieux Combi Wolkvagen ; connaître la difficulté à écrire un livre de méthode pour être un battant qui ne se vend pas ; avoir un fils qui décide de se taire jusqu'à ce qu'il entre dans l'armée de l'air et un grand père héroïnomane. De motels en motels, cette famille accompagne la petite dernière, sélectionnée pour un concours de beauté californien. De motels en motels, on découvrira évidemment qu'il y plus d'un sens à être looser ou winner. On s'y attend depuis le début, et alors ? On se laisse assez bien conduire, même dans un vieux combi. Directed by Jonathan Dayton &Valerie Faris
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Lundi 19 juin 2006 1 19 /06 /2006 15:28
C'est -je crois- le slogan d'une marque informatique. Connecter les gens entre eux. Belle image de la société technique. Nous serions tous comme des modules à connecter entre eux. Image machinale de la société. Atomes libres, nous ne saurions plus nous rencontrer, il nous faut nous connecter. À l'heure du village global, le lien social n'est plus dans l'échange immédiat, celui qui nous permet de dire bonjour à notre voisin, mais dans la connexion avec un anonyme de Bangkok ou de Vires, où l'on fait également une andouille. On pourrait déjà gloser sur cette réduction du lien sociale à la société « branchée » ou « câblée », à cette idéologie des « réseaux » où l'on ne se rencontre pas vraiment. Le problème d'ailleurs, réside dans ces connexions. Quiconque a déjà dû regretter la rupture d'un jack, d'une prise, d'une interface, le sait bien : c'est le point faible de la technique moderne. Passe encore pour la prise de casque du lecteur MP3, dont la durée de vie est souvent réduite. On pourrait y voir une revanche du lien social, l'inscription dans la technique de la vacuité de l'isolement que procure parfois la stéréo personnelle comme on disait autrefois. Non le premier défaut de la connectique réside dans l'inadéquation entre l'homme et ses machines. Il n'y a qu'à voir la difficulté que chacun éprouve quand il change d'environnement informatique, qu'il passe de Mac à Windows par exemple. Toute une série d'automatisme sont à revoir. Manière de dire que l'homme doit encore s'adapter à la machine, et non l'inverse. La société des réseaux et des connexions n'est donc pas si transparente. Elle implique une adaptation de l'homme là où l'on espérait une libération de l'homme. Et ceux qui ne sauront pas s'adapter, en bon darwinisme social, trépasseront. Dans l'indifférence sociale généralisée, car il ne seront plus connectés. Combien de personnes âgées sont aujourd'hui démunies face aux guichets automatiques ou aux serveurs locaux ? Combien d'usagers ont pu faire l'expérience douloureuse de leur néantisation par une administration ou une entreprise qui n'a prévu ni les cases, ni les procédures pour reconnecter ce qui n'allait plus ? Paradoxe du progrès technique, dont on ne sait pas trop si ses avancées justifient tant de sacrifices.
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Dimanche 28 mai 2006 7 28 /05 /2006 13:46
Suivant que vous serez Puissants ou Misérables, les jugements de Cour, vous rendront Blanc ou Noir, disait La Fontaine. L'idéologie républicaine veut faire croire que la justice rend aujourd'hui ses jugements de manière impartiale. Les nobles âmes s'indignent alors que le Président Chirac vienne de gracier Guy Drut. Et il est vrai qu'en faisant croire aux puissants d'aujourd'hui - les ministres, les chefs d'entreprise - qu'ils pourront échapper aux peines, le Président Chirac porte un coup à l'institution judiciaire. Vous pouvez condamner les puissants, mais je m'arroge le droit de les gracier. Et tout petit baron, chef de parti, chef d'entreprise, V.R.P. du sport commercial pourra espérer un jour échapper à la peine. Beccaria, dans son livres Des délits et des peines, de 1764, nous invitait à refuser de la même manière les peines injustes et la grâce. Toutes les deux conduisent à se défier de la justice, et à commettre des crimes : soit parce que la justice apparaisse injuste dans la brutalité de ses sanctions ; soit que l'on espère un jour y échapper. Chirac vient de donner raison à ceux qui, par leur position sociale élevée, croient échapper aux foudres de la justice. Mais la Justice elle-même, l'Institution policière et judiciaire, nous a également habitué à l'injustice de ses peines. Les détournements de fonds opérés par les chefs d'entreprise ou les partis de gouvernement sont régulièrement amnistiés, lorsqu'ils ne sont pas carrément ôtés des délits. En revanche, au nom de la lutte contre l'insécurité, c'est tout le mouvement social qui se trouve criminalisé. Les milliers de jeunes - 4350 selon la police elle-même ! - arrêtés lors de leur lutte contre le CPE le savent bien. Déjà 71 d'entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme. Mais ils ne sont pas champions de saut d'obstacle. Ils ne cautionnent pas le sport marchandise. Ils ne défendent pas les contrats publicitaires.
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Mardi 4 avril 2006 2 04 /04 /2006 12:12
Chaque mobilisation contre la volonté affichée par le pouvoir de transformer la société contre elle-même oppose ceux qui voient dans le gouvernement ce qui force le peuple à obéir à ceux qui se font les partisans de la désobéissance. Passons sur la mauvaise foi partagée par tous ceux qui, au pouvoir ou contre lui, arguent de la démocratie. Chacun confond ici la démocratie avec son intérêt, car chacun croit exprimer une majorité toujours introuvable. Ce n'est certes pas la rue qui gouverne : mais le veut-elle seulement ? La contestation par la rue ne vise pas à gouverner, à faire obéir, mais à réaffirmer la résistance à l'autorité. Et cet acte de refus en lui-même est un indice de la démocratie. Il y a des sociétés ou se refus est impensable. Dans les sociétés traditionnelles, car la politique n'y est pas conçue comme décision et discussion. Dans les dictatures, parce que la décision s'y impose sans discussion possible. Dans les républiques parlementaires, dès lors que la loi est censée s'appliquer dans toute sa force. En forçant le CPE le gouvernement tout entier, premier ministre, parlementaires, ne pouvait que s'exposer à cette contestation. Somme toute, la contestation est ici au contraire l'affirmation de la démocratie : mouvement par lequel le peuple ne se laisse pas forcer. Et dans la contestation, dans la foule, aussi bigarrée soit-elle, s'affirme autre chose que le refus inconsidéré. Les manifestants affirment leur existence et leur pouvoir de décider de leur vie, que veut leur dénier le CPE. Le CPE, en instituant la possibilité d'un contrat de dupes, d'un contrat qui n'engage que le salarié, niait justement la possibilité pour les salariés à affirmer leur simple existence. Le pouvoir l'a oublié : on ne peut faire l'impasse du peuple. Il découvre que toute négation entraîne une affirmation : à la négation du salarié répond le refus du CPE qui est une affirmation de soi.
Par Schneckenburger - Publié dans : conatus
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