Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /2007 20:57
Pour information, vous trouverez quelques éléments de révision sur mon autre blog b15.blogspot.com, pour les élèves de terminale.

Vous y trouverez notamment :
Des dissertations corrigées (bonheur, culture, liberté);
L'œuvre suivie cette année : La lettre sur le bonheur d'Épicure ;
Des plans de cours (liberté, politique, raison et vérité...)

Bonne lecture et bon courage aux lycéens !
Par Schneckenburger - Publié dans : conatus
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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /2007 16:46
(Les plus anciens savent de quoi il s'agit) Little Peak, 123 âmes, rue principale, au soleil de midi. Du saloon montent quelques notes d’un vieux piano mécanique, tandis que le clocher sonne ses douze coups. Dans cette ville à l’ouest du Pecos tout semble très calme. Trop, peut-être.  Un vieux chat noir lève à peine une paupière quand le cheval arrive, au pas, et qu’en descend un homme au long manteau. Il attache son cheval devant la porte du saloon, lui donne une caresse à l’encolure.La cloche sonne son dernier coup.  Il relève brièvement son stetson noir, couvert de poussière. D’un long mouvement circulaire, sa tête parcours l’ensemble de la rue : l’église, le barbier aux rideaux jaunis par le soleil, le general store et, en face, à côté du Sheriff, le bureau d’admission des concessions minières. Fermé, semble-t-il. Un nouveau coup d’œil, à l’Église et à son petit cimetière. Il a un léger hochement de tête, crache une fois par terre et monte les deux marches qui mènent à la porte à double battant d’où sort la musique. Il s’apprète à pousser la porte, quand son mouvement est stoppé par une voix qui lui dit : “Eh, étranger, cette ville n’est pas une ville où l’on s’arrète. Elle est malsaine pour les étrangers.” Il toise un moustachu assis sur le banc, une bouteille de bourbon entaméeà ses pieds. À l’ombre de l’auvent qui encadre l’entrée du saloon, ce dernier semble attendre le passant. L’homme au Stetson noir ne répond pas. Il fait un pas de plus. “Étranger ! Tu ne comprends pas ce que je te dis ? Ustedes no comprendo ? Tu connais peut-être mieux le son d’un colt ?” Avant que le moustachu n’ait eu le temps de faire un mouvement, il se retrouve avec un long canon pointé entre les deux yeux. L’homme au Stetson noir ouvrit alors la bouche pour la première fois : “Je connais très bien le langage du colt, ami, mais il y a une chose que tu ne sais pas, toi, et tu sais laquelle ?” Une goutte de sueur perle sur le front du moustachu, puis deux, trois.  Il ne fait aucun mouvement, si ce n’est celui provoqué par son haleitement. “Tu sais laquelle ?” répète l’homme au stetson. “Non” bafouille alors le moustachu. “Je vais te le dire, ami. Tu ne sais pas qui est étranger, ici.” Il range son colt, et, sans un mot de plus entre calmement dans le saloon. Il s’asseoit à une table, dans le coin opposé au piano, face au miroir. Le piano s’est arrêté de jouer, les quatre joueurs de pokers de la table centrale ont levé leurs yeux de leurs cartes. Le patron qui essuyait une verre stoppe son geste. Il jette un œil à la porte, puis à un autre moustachu accoudé au comptoir, qui paye sa bière, sort en disant : “tu ne demandes pas à l’étranger ce qu’il veut, Franck ?” “Si, si.” réponds le patron de bar : “Qu’est-ce que ce sera, étranger ?” “Un bourbon, un sept ans d’âge”. Les joueurs ont reposé leurs cartes sur la table et contemplent désormais l’étranger qui a conservé son Stetson. - “Je ne sais pas si j’en ai, il faut que j’aille voir.” - “De là où je viens, on m’a dit qu’il y a sept ans le vieux Nick faisait le meilleur bourbon du coin. Même qu’il avait plusieurs fois sauvé son scalp rien qu’en faisant respirer l’odeur aux indiens qui arrêtaient son chariot.” - “Tu… Tu as connu le vieux Nick, étranger ?” - “Peut-être, peut-être. Qui sait qui l’a connu, qui sait ce qu’il est devenu, qui sait ce qui lui est arrivé… Alors, il vient ce Bourbon ?” - “Tout de suite, étranger, tout de suite.” Le patron s’approche, pose le verre qu’il était en train d’essuyer, verse une rasade. il commence un demi tour, lorsque l’homme au stetson lui dit : “Laisse la bouteille, il se peut que j’aie à offrir un verre.” Il boit lentement son verre, et repose le verre avec un claquement sec, puis pose ses deux mains sur la table. À ce moment la porte s’ouvre, les deux moustachus entrent dans le bar, cherchent des yeux l’homme au Stetson et le trouvent. Ils tiennent chacun un fusil. Les joueurs de pokers se sont retournés. Un troisième homme entre, il porte un Stetson beige, une veste sombre, et sur la veste une étoile brillante. Il jette un regard à la table de jeu, puis lance : “Eh, franck, ton piano s’est arrêté ?”, puis vient à la table de l’étranger. - “Alors, l’étranger, on s’arrète dans ma ville ?” - “Dans ce pays, on est tous un peu étranger dans une ville, non ?” - “Peut-être, mais ici c’est toi l’étranger et c’est ma ville, et ce tant que je porterai cette étoile. Que vient tu faire ici, étranger, ce n’est plus une ville où l’on s’arrête. Il n’y a rien à y faire : l’hotel est fermé, la prison est pleine. Il n’y a que le cimetière qui ait encore quelques places, mais, tu vois, tu n’as pas l’air d’un étranger à aimer les cimetières.” - “Je venais juste boire un verre à la santé du vieux Nick.” Le patron, qui venait de servir une bière lacha le verre plein qui se déversa sur les bottes du moustache qui avait repris sa place au comptoir, mais faisait face à la table de l’étranger. Le shérif a un moment d’hésitation, juste un clignement de paupières, puis dit : “je peux boire un verre à sa santé avec toi, étranger ?” - “Bien sûr shérif. Je n’attendais que cela.” Le Shérif s’assied, et, sur un signe, le patron lui apporte un verre vide. L’étranger lui sert un verre, s’en verse un. Le Shérif lève son verre et dit : “Au vieux Nick !” - “Au vieux Nick, répond l’étranger.” Au moment où le Shérif boit sa première gorgée, l’étranger lâche son verre, et en un instant dégaine : d’un coup, le Shérif reçoit la balle en pleine poitrine. En tombant, il renverse la table, l’étranger est déjà à terre.  Deuxième coup, le moustachu du bar s’étend dans la bière sale et les crachats.  Le deuxième moustachu tire une fois, mais dans sa précipitation rate son coup et se retrouve avec une balle là où l’étranger lui avait posé le canon quelques minute plus tôt. “Il y a une autre chose que tu ne sais pas, l’ami, dit l’étranger, c’est que le son de mon colt, on ne l’entend qu’une fois.” Le Shérif agonise. Entre deux râles, il demande : “Mais, qui es-tu, étranger ?” - “Qui je suis n’a pas d’importance. Mais qui était le vieux Nick, ça, c’est important. Il n’était pas un étranger dans sa ville, avant qu’un rascal comme toi n’arrive, ne le tue et ne prenne sa mine.” - “Comment le savais-tu ?” - “Tout se sait, dans ce pays, surtout quand disparaît le meilleur producteur de Bourbon.” L’étranger pose une pièce sur le comptoir, s’avance vers la porte et dit : “L’hotel est désormais ouvert aux étrangers, faîtes en sorte que la prison se vide. Le cimetière, lui, est plein, maintenant.” Il sort, monte sur son cheval. Il relève une dernière fois son Stetson noir et traverse lentement la rue. L’église, toute de chaux blanche, semble l’éclairer, les rideaux du barbier lui semblent plus propres, maintenant. Au bout de la rue, un gamin l’apostrophe : “Dis, monsieur, c’est toi qui a tué le méchant Shérif ?” L’étranger s’arrète un instant. Il regarde la rue, le cimetière, la prison. -”Il n’y a pas de bon Shérif, petit, jamais. Il y a parfois de plus grands méchants que les Shérifs, mais ça n’est pas une raison. Dans ce pays, il y aura toujours des vieux Nick qui refuseront de servir des Shérifs et des méchants. C’est ça qui compte.” D’un coup de talon, l’étranger fait partir son cheval. Un nuage de poussière s’élève un court moment. Ouest, plein ouest.
Par Schneckenburger - Publié dans : conatus
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Dimanche 1 octobre 2006 7 01 /10 /2006 11:52
De tribus inpostoribus

En ces temps où refleurissent les anathèmes  provenant de toute part, il rappelons-nous combien la lutte contre le fanatisme religieux et toutes les formes de superstition ont coûté cher aux libres penseurs.

Il en a fallu des combats pour qu'un philosophe aussi vertueux queKant puisse écrire en 1784 que les  Lumières désignaient "la sortie de l'homme de la sa minorité dont il est lui-même responsable." (Réponse à la question  Qu'est-ce que les lumières). Et si cette réponse n'allait pas de soi, c'est qu'en effet en faisant de l'homme un enfant, bien des tuteurs s'arrogeaient de penser à sa place, c'est-à-dire de lui refuser ce que Kant appelle en effet "la devise des lumières" : "Sapere aude ! ", Ose penser !
Les religions, et en France, singulièrement la religion catholique, ont en effet usé de tous les moyens pour faire taire ceux qui osaient penser par eux-mêmes? Le libres penseur, en effet dérange moins par ce qu'il pense, que par ce qu'il dénonce ceux qui veulent préserver le monopole de la vérité.

Ils furent nombreux à affirmer à leur risque et péril qu'en matière de religion et de morale nul ne peut détenir la vérité et vouloir l'imposer. Tous n'avaient pas la subtilité et le pouvoir d'un Montaigne affirmant que "chacun appelle barbarie ce qui n'est point de son usage"(Essais, I, XXXI, Des cannibales).

Pour avoir osé dire que "toutes les religions ont observé d'ôter à l'homme la félicité du corps en Dieu afin de le rendre toujours misérable et garder le meilleur pour ceux qui les ont inventéées", Geoffroy Vallée fut brûlé vif en 1574 à 24 ans, à la demande expresse du roi Charles IX - celui-là même qui tirait au fusil sur les protestants le jour de la Saint-Barthélémy. Et ce jour un révérend père jésuite de commenter : "Par le commandement du roi, on en fit un beau sacrifice à Dieu, en place de Grève, et fut brûlé demi-vivant."

C'est qu'au seizième siècle circulent divers textes qui remettent en cause le pouvoir des religions. D'inspiration épicurienne, ils dénoncent les puissants qui usent de la crédulité du peuple. Ils annoncent Spinoza, qui écrira que certains font "de la volonté de Dieu, cet asile de l'ignorance." (Ethique, appendice à la partie I).

Ainsi est-il au XVIII° du Livres des trois imposteurs, circulant dans une première version sous le titre De tribus inpostoribus au XVI°. Ces œuvres, retrouvés dans certaines bibliothèques sous l'appellation de De l'esprit de Spinosa, affirment d'une part que les religions sont des instruments de pouvoirs, et d'autre part que ce pouvoir repose sur la plus grande ignorance et à tout intérêt à la maintenir. Ces critiques émanent de tous les sphères d'influence religieuse : si Epicure en était le représentant paien, on peut en trouver en terre d'Islam comme chrétienne ou juive.  Abu Tahir en 930, prenant et pillant la Mecque affirme "En ce monde, trois individus ont corrompu les hommes, un berger, un médecin et un chamelier. Et ce dernier a été le pire escamoteur et le pire préstidigitateur des trois."

A ces trois imposteurs répond la sainte alliance des religieux, toujours prêts à faire front commun quand ils sentent que l'attaque ne vise pas tel ou tel dogme, mais le dogmatisme. Lorsqu'une fatwa fut lancée contre Salman Rushdie, on a brûlé un cinéma à Paris, parce qu'il projetait "la dernière tentation du Christ" d'après Nikos Kazantzaki.


Relisons donc De tribus inpostoribus
"Il est un dieu, et l'on doit l'honorer, affirment beaucoup de gens avant de savoir ce qu'est Dieu, ce qu'est être et dans quelle mesure ceci est commun aux corps et aux esprits qui se distinguent les uns des autres. Ils l'affirment aussi avant de savoir ce que veut dire honorer Dieu. En attendant, ils mesurent l'honneur rendu à Dieu à l'aune de l'honneur que l'on doit rendre à des personnalités d'exception.
Ce que doit être Dieu, ils le décrivent selon l'aveu patent de leur non-savoir. Car, dans la distinction entre Dieu et le reste des choses, il est nécessaire d'affirmer, sur la base du déni des concepts vrais, qu'il est l'étant illimité, c'est-à-dire quelque chose dont ils ne peuvent connaître ou saisir les limites. Mais ils ne disent pas qui l'a créé, parce qu'ils ne le savent pas et ne le comprennent pas. (…)"

In L'art de ne croire en rien, Livre des trois imposteurs, édition de R. Vaneigem, Rivages poche
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Samedi 30 septembre 2006 6 30 /09 /2006 09:03
Robert Redeker a encore fait parler de lui. On peut parfois être exaspéré par la tonalité de ses prises de position, mais la critique des religions est un doit chèrement conquis en occident pour ne pas apporter son soutien à quiconque est menacé par des fanatiques.

Robert Redeker a bien le droit de critiquer la religion, fut-ce l'Islam. Robert Redeker assène d'ailleurs des faits incontournables, en les mettant dans la bouche du grand orientaliste que fut Maxime Rodinson. On aurait aimé cependant que Redeker ne donne pas dan la caricature que ses détracteurs vont exploiter à fond. D'où le malais lorsque l'on décèle dans le texte de Redeker une opposition manichéenne entre un Islam nécessairement violent, et un chritiannisme de paix et d'amour. Il aurait put lire plus attentivement Rodinson qui, au lendemain des attentats de 2001, nous avertissait : " Aucune religion n'est totalement pacifique ou totalement belliqueuse. On trouve dans le Coran des sourates qui prônent l'amour, d'autres, la violence. Les prédicateurs citent tel passage du Coran ou tel autre, suivant leurs préférences et les besoins du moment. Le texte comprend des choses tout à fait contradictoires. Parmi les versets les plus anciens du Coran, il est indiqué par exemple que l'on peut boire du vin, d'autres, à la suite, l'interdisent. C'est pourquoi les ouvrages classiques musulmans ont élaboré la doctrine dite de l' « abrogeant et de l'abrogé ». Il y a contradiction ? C'est que Dieu a changé d'avis." Ce qui est vrai de l'islam l'est aussi du christianisme

Ainsi, Robert Redeker aurait dû s'abstenir de faire de Jésus le seul prophète de l'amour, oubliant les pages violentes de l'ancien testament - où l'on parle ici aussi de lapidation ! -oubliant le Dieu des armées, la religion chrétienne justifiant avec Paul l'esclavage et tous les régimes politiques, le Jésus annonçant
« Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive." (Matthieu 10, 34) C'est une ruse de Jésuites que de faire croire que la religion chrétienne qui fut si sanglante et intolérante porterait en elle l'universalité de la tolérance, les prémisses des droits de l'homme, alors que l'on sait bien qu'au contraire elle les a fortement combattus. Son oppostion à la Révolution française en a été l'un des points d'orgue. Et si le Pape est pris à son propre jeu en condamnant l'islam, on sait également qu'il a souvent opposé la foi à la raison des Lumières.

Redeker doit pouvour continuer à dire ce qu'il pense, s'il doit pouvoir continuer à enseigner. Mais on peut également regretter qu'il tombe dans le thème du choc des civilisations. On peut regretter qu'il fasse comme si il y avait deux blocs, l'occident contre le monde arabe ; le christianisme contre l'islam. Il fait ici le jeu de ceux qui ont intérêt à construire l'illusion de ces deux blocs, oubliant qu'au sein de chaque univers géographique et cuiturel il y a des dissidents, des individus qui ne se revendiquent pas de telle ou telle croyance.

Alors, oui, condamnation sans réserve des attaques et menaces contre la liberté d'expression, mais refus également du manichéisme.
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Mardi 19 septembre 2006 2 19 /09 /2006 20:24
Il est toujours délicat de se pronnoncer à distance sur la situation politique d'un pays qu'on ne connaît pas.
Pourtant les événements de la nuit passée en Hongrie évoquent indubitablement Machiavel : en avouant publiquement qu'il avait sciemment menti, le premier ministre Hongrois a commis une erreur sans doute irréparable.

En effet, le philosophe florentin, en écrivant Le Prince, publié en 1532, affirmait que l'art politique reposait sur la faculté de feindre des croyance sans s'y tenir.

Autrement dit, le premier ministre Ferenc Gyurcsany pouvait bien mentir, à une seule condition, ne pas se faire prendre.  Car pour le politique, il importe moins de s'accrocher à ses convictions que de se maintenir au pouvoir : "il est souvent pour maintenir ses Etats d'agir contre sa parole", écrivait Machiavel dans le chapitre XVIII.

"Qu'un Prince donc se propose pour but de vaincre, et de maintenir l'Etat : les moyens seront toujours estimés honorables et loués de chacun" ajoute-t-il. Ainsi le Prince doit-il agir par ruse, et s'il se fait Renard pour se maintenir au pouvoir, s'il ment pour y parvenir, peu importe, à l'unique condition toutefois poursuit Machiavel, "qu'on se doit d'être haï et méprisé" (chapitre XIX). Ainsi le premier ministre Hongrois a-t-il commis l'erreur non de mentir mais d'avouer son mensonge.

Peut-être l'a-t-il fait par conviction. Mais c'est alors aux yeux du florentin pire encore, car il met en péril la sûreté de l'Etat. Puisse qu'au Prince défaillant le peuple réponde. Que ce soit l'extrême droite qui semble aujourd'hui tirer profit de cette erreur ne laisse cependant peu d'espoir.
Par Schneckenburger - Publié dans : conatus
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